EPISODE 1 - PARTIE 1
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Episode 1 : [ Si tu n'existais pas... ]Musique : [ Snow Patrol / Run ] ___ ___
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Il arrive parfois, qu'on souhaite demeurer dans cet univers fantastique, que la nuit seule sait nous apporter. On voudrait ne jamais se réveiller, de peur que tout ce qu'on a vu, tout ce qu'on a touché, tout ce qu'on a obtenu, et réussi, ne soit que d'innombrables illusions, n'appartenant qu'au domaine du rêve. Pour Aylan Harris, tout est différent. Si son sommeil est animé par de nombreux cauchemars, dont la plupart sont des vestiges de son passé, son réveil est la plus belle chose quelle puisse désirer. En ouvrant, les yeux chaque jours, elle sait que c'est une nouvelle victoire sur la maladie -la Chose, comme elle l'appelle-, qui tôt ou tard, aura le dessus sur elle. Les matins, comme aujourd'hui en particulier, lui font aimer la vie. Ses longs cheveux, noirs comme l'ébène, lui chatouille le nez, qu'elle retrousse, gêné. Elle ouvre doucement les yeux mais finit par les refermer, le soleil, passant mesquinement par la fenêtre, l'agressant cordialement. Elle émet un léger grognement, et dans les draps, un autre corps bouge. La main qui était posée sur le ventre de la jeune fille, caresse tendrement sa peau, et le bras sur lequel elle avait posé sa tête, remue de manière a compresser ses doigts dans la tignasse emmêlée d'Aylan. Elle se tourne doucement vers lui. Il dort encore, malgré le léger dérangement, qu'elle a causé. Elle sourit vivement. Sans vouloir se l'avouer, elle sait que cet instant est le meilleur de sa journée. Elle adore littéralement le regarder dormir. On dirait un enfant. Et puis c'est la seule manière de voir Cameron quitter son rôle de protecteur. Endormi, il a l'air tellement vulnérable, tellement fragile, comme tout le monde. Brusquement, Aylan prend conscience de l'heure. Elle s'assied au bord du lit et enfile une chemise. Elle ne lui appartient pas, mais à première vue, son tee-shirt a disparue. Tant pis. Elle s'apprête à attraper son jean, échoué sur une chaise quand son élan est brutalement stoppé par une main lui empoignant l'épaule.
- "Et où tu comptes aller, comme ça?" Demandes Cameron de sa voix rauque et matinale.
Aylan se lève; il faut qu'elle se rhabille.
- "J'ai oublié d'appeler ma mère hier : Elle ignore que j'ai découché." Murmures t-elle.
- "Tu passes toutes tes nuits ici : Elle sait où tu es!" Gronde le jeune homme en s'adossant contre la tête du lit.
- "Elle va s'inquiéter, tu la connais." Rappelles t-elle doucement.
Il se penche vers elle, avec des yeux suppliants, qu'elle tente d'ignorer. Il prend sa main dans les siennes, et lève le regard sur elle.
- "S'il te plait, restes. Encore un peu. Pour le petit-déj', au moins!"
Il a usé, de cette voix éraillée, sachant parfaitement, qu'elle n'y résistera pas, qu'elle l'aime trop pour lui refuser quoi que ce soit. Elle soupire doucement, et déjà, il sait qu'il a gagné. Il l'attire alors contre lui, pour la faire tomber dans le grand lit. Dans un rire cristallin, la jeune fille s'écroule dans les bras de Cameron qui ne cache pas le bonheur que lui procure cette proximité inexistante. Elle se penche sur lui, et fais semblant de ne pas voir que son ami frisonne. Elle colle son front a celui du jeune homme et ferme douloureusement les yeux. Ses sourcils froncés, jure avec son visage d'opaline. Cameron sait parfaitement que ce petit bout de femme, à la fois tellement fragile et courageuse, sombrera, peu importe les efforts qu'elle déploie, dans la folie familiale. La maladie d'Huntington, a emporté le pasteur Harris, lorsque Aylan avait deux ans. La souffrance avait résidé donc, plus dans l'absence d'un père que dans des souvenirs douloureux. Par contre, pour Nate, cela avait été différent. La peine avait unie la fratrie Harris, l'aîné désirant protéger par tous les moyens, sa soeur, de deux ans sa cadette, de la mortuaire et frénétique valse familiale. Mais deux ans, plus tôt, Nate avait trépassé à son tour, laissant à Aylan, peu d'espoir de vaincre la maladie. Rare, et impossible à soigner, la Chose ne laissait aucun survivant. Elle commencerait par lui faire perdre innocemment l'équilibre, puis Aylan sera sujette à des gestes brusques, qu'elle ne pourra contrôler. Et quand elle commencera a avoir des propos incohérents, a hurler sans raison, on la placera dans un centre spécialisé, où les médecins découvriront avec stupeur, la horde de tumeurs qui aura prit place dans le cerveau déglingué de la jeune fille. Le scénario, elle le connaît par coeur. Le seul élément manquant, réside dans la date de la tragédie. Elle soupire, et a califourchon sur Cameron, elle étire son corps fin, pour poser sa tête encore en état, au creux de l'épaule du garçon. Parfois, elle se dit, que c'est là, sa véritable place : Dans les bras de Cameron. C'est le seul endroit où elle a la sensation d'être une adolescente normale, et non une mourante, dont on prépare déjà l'enterrement. Il passe une main dans ses cheveux en embrassant sa tempe et la vie semble soudainement prendre tous son sens. Brusquement, l'instant magique se rompt, avec l'interruption d'une petite créature, à la voix rauque et aux cheveux d'or.
- "Le petit-déjeuner est prêt." Grogne Louane avant de quitter la pièce.
La plus vieille des enfants Swan, est une adorable colérique, que personne ne peut haïr. Sage, et studieuse, tous ses actes, semblent doués d'une parfaite raison. Elle fait toujours ce qu'il y a à faire, et ne peux se résoudre a juger qui que ce soit. Sauf lorsqu'il s'agit de son frère, et de cet amour qu'il s'évertue a tenter d'ignorer. Lou adore Aylan, qui est sa meilleure amie depuis bien des années. Mais, elle sait aussi que cette amitié qui n'en est pas réellement une, et toutes ces nuits qu'ils passent à s'embrasser, a s'aimer sans conscience, dépassent l'innocence de l'enfance, et qu'un jour tout s'arrêtera. Et que ce même jour, l'une des eux personnes qu'elle aime le plus au monde, en sera détruit. Alors elle s'efforce à être celle qui les sépare, même si elle n'aime pas ce rôle. Cameron arrive dans la cuisine, tenant par la main la petite Aylan. Ils s'assoient tous deux face la soeur du jeune homme qui pose deux tasses de cafés sur le comptoir. A celui d'Aylan, Cameron s'empresse d'ajouter, un sucre, un peu de crème sur le dessus, et une soupoudrée de cannelle. Elle le remercie dans son habituel sourire timide.
- "Et si c'était Joyce qui était rentré dans votre chambre, a ma place?" Peste Lou en portant sa propre tasse à ses lèvres.
Cameron hausse les épaules, en mordant avec hargne dans un toast qu'Aylan vient de recouvrir de confiture.
- "Un jour, ça arrivera, et elle vous massacrera littéralement. Et je ne ferais rien pour protéger vos fesses." Assure de nouveau, la petite blonde.
Légèrement effrayée, Aylan se tourne vers Cameron, qui plein d'assurance, la rassure, en secouant la tête : Ca ne se produira pas.
- "Merde, pourquoi vous obstinez vous a tenter le diable, sans cesse?" Hurle t-elle plus colérique qu'auparavant.
- "Calme toi, Louane." Articule doucement Cameron en se levant.
- "Ca vous tuerez de passer une nuit l'un sans l'autre, de ne pas vous retrouver nus dans le même lit?" Ayli rougit, alors que les cris de Lou n'on fait que commencer. "Ca ne vous faits donc rien de faire souffrir ceux qui vous entourent? Joyce ne mérite pas ça, bon sang..."
La colère s'est aussi insinuée dans les traits de Cameron.
- "Joyce n'a rien avoir avec cette histoire. Et au passage, toi non plus, alors arrête un peu, de tenter de comprendre. Et si t'es incapable de saisir tout ça, alors ne nous juge pas."
Louane sert les dents. C'est vrai qu'elle ne comprend pas, toute cette relation étrange qui les unit tous deux.
- "Vous voulez la vérité? Vous êtes des putains d'égoïste qui ne pensez qu'a vous. Et le jour, tout sera fini, je ne veux qu'aucun de vous, ne vienne me voir pour ramasser les pots cassés. Je vous aurais prévenus." Crache t-elle avant de quitter la pièce.
Elle a laissé une certaine tension dans la grande cuisine américaine, et Aylan, a qui Lou a donné à réfléchir, s'empresse de terminer son café, avant de se lever distraitement.
- "Il faut que j'y aille." Marmonne t-elle, en disparaissant dans la chambre de Cameron.
- "C'est a cause de Louane?" Demande t-il quand elle revient, en boutonnant son jean. "Tu la connais, elle nous fait sa petite crise un jour sur deux..."
- "Non, c'est pas ça. Il faut que je rentre." Assures t-elle en enfilant sa veste.
Il se lève et la serre contre elle. Les moindres instants sans elle, sont un véritable tiraillement dans son ventre, que lui même ne serait expliqué. Il l'embrasse sur le front.
- "Ce n'est que de la jalousie." Murmure t-il suavement à son oreille.
Elle hoche la tête peu sûre.
- "On se voit au lycée." Chuchote t-elle.
Il acquiesce en la ramenant jusqu'à la porte. Sur le seuil, il se retiens pour ne pas lui demander de rester : Joyce ne devrait plus tarder. Il se penche sur son petit corps pou l'embrasser, mais elle le repousse gentiment. Une fois sortie de leur intimité, les gestes d'affection ne sont plus permis. Ce n'est pas vraiment une relation secrète, mais plutôt une chose étrange qu'ils partagent, sans en toucher un mot de peur que les autres ne comprennent pas, comme Lou. Elle est la seule personne qui sait ce qu'ils trafiquent dans le dos de tout le monde, et sa réaction ne les aide pas réellement à en parler. Aylan s'éloigne, et elle est encore visible, quand la douleur s'éprend du ventre de Cameron. Dans ses moments là, il voudrait lui courir après, la ramener vers lui. Mais il sait qu'elle ne désire qu'il s'accroche plus qu'il ne l'est déjà. Et puis il n'y a pas qu'elle. Justement, en tournant la tête de l'autre côté de la rue, il aperçoit la grande blonde, qui lui fait signe. Parfois il la déteste, simplement parce qu'elle est l'exact contraire d'Aylan. Blonde, forte, courageuse, entreprenante, optimiste et euphorique. Il a la sensation qu'elle n'est là que pour marquer le contraste. Mais Joyce est tellement sûr d'elle, sûre de son couple, que parfois il est douloureux de lui mentir, de la laisser dans l'ignorance. A quelques mètres de lui, elle accourt pour sauter dans ses bras. Elle croit tellement en lui. Belle naïveté.